Un technicien bien étrange

CHAPITRE VIII 

UN APPEL AUX ETOILES 



Une créature hideuse et au souffle lourd s’avança vers Ferki Suares. Le centurilien avait fait sortir tous les rescapés de la navette délabrée très tôt avant l’aube. Il avait entrepris les réparations de l’émetteur récepteur le plus vite possible, et malgré les protestations, tout le monde était allé s’installer autour du feu près des mutants qui s’affairaient déjà au repas. La créature se pencha sur lui ; il sentit alors son haleine fétide, et se retourna d’un mouvement brusque. Il reconnut le mutant qui l’avait aidé à ramener Dylal Darchez. 
  « Je suis occupé », lança le centurilien impatient. 
  Il avait les yeux rivés sur son écran. La créature gronda plus par surprise que par menace : 
  « Je veux aider », gémit le mutant. 
  Ferki se leva alors pour lui faire face. Bien que la stature du soldat fût déjà imposante, la créature le dépassait d’au moins deux têtes. 
  « Comment pourrais-tu m’aider ? » demanda Ferki de plus en plus irrité. 
  Il jaugeait sans aucun élan de pitié le mutant resté pantois ; le temps des marques de bienséance était obsolète. 
  « Moi, technicien M.H.D sur Abak avant devenir être immonde. » 
  Ferki, interloqué, lui fit signe de continuer. 
  « Je sais fonctionnement récepteur », annonça-t-il en désignant les appareils complexes du tableau de bord en demi-cercle. 
  Ferki interrompit la créature, se rappelant enfin qu’elle avait été un Abakien, et lui demanda son nom. 
  « Moi, Robert de Conakrin, avant d’être appelé La créature », gémit la créat..., l’Abakien. 
  Ferki perçut l’ironie, et maintenant il avait honte de son attitude. Il laissa Robr se diriger vers le calculateur de bord. Après une rapide inspection, Robr lui déclara : 
  « Aéronef type magnétohydrodynamique. Propulsion que dans atmosphère, pas dans vide espace. » 
  Le technicien fit une pause car l’ossature de sa mâchoire proéminente l’obligeait depuis peu à articuler avec difficulté. Ferki essayait de comprendre, sentant son cœur se comprimer trop vite.
  « Navette peut pas se propulser sans atmosphère, mais là-haut... », reprit l’ancien technicien, en prenant le temps de montrer par le hublot un point dans le ciel émeraude. 
  Ferki suivit la direction que montrait le gros doigt griffu de Robr, mais ne vit rien. 
  « Là-haut, satellite de Kambar Verte. Navette active satellite, et envoie signal en direction planète proche », conclut Robr. 
  Le pauvre mutant se mit à gémir tant il souffrait de devoir dorénavant parler aussi longtemps. Il sursauta en entendant Ferki s’esclaffer. Le timbre de son rire traversa les parois de la navette, et retentit dans la clairière. Quelques Hurleurs au plumage multicolore qui picoraient les restes du repas s’envolèrent au plus haut des branches. Rayan regarda sa mère, tous les deux pensaient la même chose : Ferki Suares perdait la raison. Le vieux chef des mutants souriait ; il avait confiance, persuadé que les Abakiens n’avaient pas atterri sur cette planète par hasard, aussi près de leur village au pied des montagnes. 
  « Au travail ! cria le centurilien. 
  –  Tttravail ! » rugit le mutant. 
  La nuit était tombée depuis longtemps, mais Ferki et Robr s’affairaient à reprogrammer la navette dans l’espoir de réactiver le satellite de communication en orbite au-dessus de Kambar. Robr donnait les directives à Ferki, ne pouvant pas utiliser le clavier de commande à cause de ses longues griffes. Il fallait calculer les nouveaux paramètres, puis faire les corrections nécessaires pour espérer établir le contact vers le satellite. Rayan les avait rejoints après avoir laissé sa mère près du feu. Elle veillait sur Dylal, sous la protection bienveillante des mutants. Leur vieux chef lui avait confectionné un cataplasme à base de plantes et de mousse pour soigner la blessure infectée de Dylal, mais le corps du jeune médiateur restait constamment en sueur, et Bekky Liz l’essuyait en vain. Il tremblait, et la fièvre ne tombait pas. Elle craignait qu’il ne meure dans la nuit, mais n’en avait parlé à personne car tout le monde avait repris l’espoir de quitter la planète. 
  La nuit fit place à une nouvelle aube, mais la clarté grandissante ne réveilla pas cette fois-ci les rescapés d’Abak. Le feu était éteint, et aucun mutant ne préparait le copieux repas matinal. Le groupe se tenait devant l’entrée de la navette, regardant Ferki Suares debout devant le sas endommagé. Il prit la parole dès que les chuchotements s’arrêtèrent : 
  « L’émetteur récepteur de la navette est dorénavant connecté au satellite Médiacoms, et réactivé par le technicien hors pair que voici. » 
  Il prit l’une des lourdes pattes de Robr pour la lever bien haut, embarrassant le pauvre mutant qui baissa aussitôt la tête pour ne pas voir les Abakiens le dévisager, avant de déclarer : 
  « Voici Robert de Conakrin, un Abakien de première ordre, bien meilleur que nous tous ici réunis. »
   Ferki était en extase, il les observait tous abasourdis, puis il continua : 
  « Le satellite, grâce au nouveau programme créé par Robert, va déployer ses antennes vers la planète habitée la plus proche. On pourra alors envoyer un signal de détresse. » 
Ferki termina là son annonce, et le silence se fit pesant. Il sentit de nouveau le doute jaillir en lui. Etait-il certain que son plan fonctionne ? Les antennes du satellite seraient-elles en état après vingt cycles hors d’usage ? songeait-il, nerveux. Il se ressaisit, voulant continuer de garder espoir, malgré les visages circonspects devant lui. 
  La nuit suivante, très peu de rescapés purent dormir, préférant scruter le ciel silencieux. Bekky Liz, assise près du feu, veillait toujours sur Dylal, dont la fièvre était enfin tombée. Rayan lui apporta un bol fumant, et elle le gratifia d’un gentil sourire. L’espoir renaissait. L’enfant observa ensuite le médiateur. Il lui semblait qu’il allait mieux, mais peut-être son optimisme faussait cette impression. Il ne put s’empêcher de chercher Ferki du regard, et reconnut son imposante silhouette au milieu de la clairière, immobile et attentif, le visage levé vers le ciel scintillant.


Extrait Livre I : Les Lumières d’Abak - Chapitre 8 : Un appel aux étoiles

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