Dans un ciel blanc, sans nuage, ni brume...

(...) La nuit était noire et sans étoile. La tempête s'était levée. Amon se tenait immobile seul dans le vent glacial au milieu des épaves transformées en abri de fortune. Il entendit un nouveau murmure, non loin, mais cette fois-ci, il ne provenait pas de la voix faible d'Aleb Ducan qui était blotti dans ses pelisses près de ses fidèles. Amon avança dans la neige épaisse, en écoutant le chuchotement ; il se mit à frissonner quand une bourrasque le saisit sur tout le corps. Retrouvant l'épave où il s'était réfugié avec Nijiskane, il entreprit de récupérer la fourrure encore chaude de leur étreinte, puis, bien emmitouflé, il s'enfonça sans hésiter dans la tempête, bien décidé à identifier le mystérieux murmure.
Amon marchait depuis longtemps. Le campement était loin maintenant, et avec la tempête devenue rugissante, il ne voyait pas à plus de cent points devant lui. Les bottes du centurilien s'enfonçaient dans la neige épaisse et collante, et il sentait que ses forces allaient bientôt l'abandonner. Mais, enfoui dans la fourrure où Nijiskane avait laissé sa douce odeur de miel, il se laissait conduire par les cris de plus en plus distincts qui l'appelaient. 
Car, il en était persuadé, on l'appelait, là-bas, aux pieds des hautes montagnes immaculées. 
Bientôt, perdu dans la nuit froide et à bout de force, il distingua au moment où la tempête se calmait, une forme gigantesque devant lui perdue au milieu de nulle part. 
Et le jour se leva enfin. Les premières lueurs azurées firent leur apparition, offrant un instant de répit au centurilien épuisé. Il s'assit sur un rocher pris dans la glace, et admira la beauté de l'aube naissante pendant qu'il recouvrait ses forces. Les voix flottaient toujours dans l'air pur et glacial, mais elles étaient devenues suppliantes : 
« Pitié ! » 
Dans un ciel blanc, sans nuage, ni brume, le centurilien reconnu la forme qui se tenait aux pieds des montagnes. Osalype, le vaisseau affrété pour l'exil forcé des Véraces d'Abak, se tenait là, tel un prodigieux édifice abandonné loin de la civilisation. 
Et la piste d’atterrissage s’emplit d’une intense clameur qui se répercuta loin dans la nuit froide et étoilée de Pan-Aium : « Pitié ! » 
Amon se leva, avança dans la neige, accompagné des longues plaintes qui l'avaient emmenées jusqu'au vaisseau. Les hautes montagnes barraient l’horizon et le ciel. Une grande partie d'Osalype était recouverte de neige entassée depuis l’alunissage. Amon se demanda pourquoi le vaisseau s'était posé si près des montagnes. Peut-être qu'Aleb et ses derniers fidèles avaient voulu protéger leur étrange vaisseau, se dit-il. 
Il frotta ses mains gantées sur la neige durcie pour faire apparaître l'acier lisse et noire de la coque. Il sentit alors la poignée du sas d'accès de la soute ; il l'enclencha machinalement, et fut stupéfait en voyant le sas s'ouvrir. Il faisait sombre à l'intérieur ; les hublots gelés étaient fissurés, le cuir des fauteuils était craquelé, les instruments de mesures rongés par le froid étaient désormais inutilisables. Il régnait un silence sépulcral dans l'immense habitacle de glace. Amon remarqua seulement à ce moment-là que les plaintes avaient cessé dès son entrée dans la soute du vaisseau. Il était penché sur le tableau de bord du cockpit quand il sentit un souffle glacé sur sa nuque. Une main se posa sur la fourrure qui le recouvrait toujours. Amon sursauta, avant de se retourner lentement. Son visage se contracta, ses yeux se révulsèrent et sa bouche s'ouvrit sans qu'il fut capable d'émettre le moindre son. Il laissa tomber la fourrure sur le sol gelé en découvrant devant l'entrée du cockpit des Véraces aux visages figés. Leurs regards étaient inexpressifs et leurs corps, aux bras ballants, étaient recouverts d'une peau desséchée. Quelques lambeaux de tunique étaient collés sur leurs chairs putréfiées. Amon était coincé contre le tableau de bord, sans pouvoir reculer, saisit par la peur. 
« Pitié ! » 
Les plaintes reprirent, et cette fois-ci, le centurilien identifia leurs provenances. C'étaient les longs cris déchirants des Véraces qu'il avait tués avec sa troupe sur l'aire atterrissage de Pan-Aium. Maintenant, ils étaient là, face à lui, implorant sa clémence tout en avançant le pas lent et les bras décharnés tendus dans sa direction. Le premier mort se mit à l'agripper de ses mains osseuses. Amon se mit à hurler si fort que la glace qui recouvrait le tableau de bord craqua, traçant de longues fissures. Il sentait les doigts secs déchirer sa chemise, pour atteindre sa peau (...)

Extrait Livre III : Les Vaisseaux-Monde - Chapitre 3 : Une porte s'ouvre

Un royaume...

(...) Après avoir marché longtemps dans les hautes herbes de l’immense plaine baignée d’une sempiternelle lumière aveuglante, les marcheurs se retrouvèrent à la sortie d’un tournant inattendu, où d’énormes masses de pierres olivâtres scintillaient à l’horizon. Les boursouflures pierreuses apparurent plus nettement aux rescapés épuisés qui suivaient les mutants ravis de leur faire découvrir leur royaume. 
« Ici massif de Tiniem, bien disposé en étoile autour du Qar Cabgal qui culmine à deux mille points », annonça d’un ton assuré Robr Daven, en tête de cortège. 
Puis le mutant entreprit de faire passer la petite troupe silencieuse par le bord de la falaise jusqu’à son village, quand un comité de Hurleurs se mit à froufrouter en passant au-dessus de leurs têtes. Les perspectives sur la falaise étaient à couper le souffle et les terres basses, en-bas dans la jungle, vertigineuses. Une dizaine de huttes apparurent enfin à la petite expédition. 
« Habitations construites par les mâles de tribu, mais ce sont femelles qui les entretiennent », expliqua Robr prenant un ton de plus en plus confiant, malgré son élocution difficile. 
Intrigué, Amon Bumer s’approcha de Robr. Il regarda le mutant, et sans attendre son approbation, il lui fit un clin d’œil complice, puis partit examiner la hutte qui leur faisait face. La maison des mutants était une pièce circulaire avec une autre petite pièce à l’intérieur. Les poutres étaient prises dans des branches solides et très longues d’Arbogénos où il y avait deux branches à une certaine hauteur servant de coudes. Robr le rejoint bien vite, et entra dans la hutte en baissant la tête car la porte était trop basse pour sa carrure imposante. 
« Nos femelles les ont légèrement brûlées pour plus maniables, expliqua-t-il, solennel. Pendant que les branches sont chaudes, elles les écorcent et posent sur sol en mettant par-dessus grosses pierres pour les dresser plus droit possible, puis elles laisser deux symes pour elles sécher totalement », ajouta-t-il, en estimant de ses larges pattes les grosses poutres. 
Amon, et les rescapés qui avait rejoint les deux compères, écoutaient Robr avec attention, n’ayant jamais rien vu de pareil.
« Nos femelles récoltent pendant saison pluies hautes herbes des plaines, connues pour résistance. Il ajouta, après avoir replacé sa mâchoire pendante et douloureuse, elles tellement résistantes que les autres créatures jungle ne les mangent pas ! Une fois herbes séchées, triées et débarrassées de leurs épines, nos femelles les tressent avec ficelles conçues de fibres d’écorce d’Arbogénos, dont certaines destinées à couvrir toit et côtés », expliqua-t-il, tel un Maître à ses Apprenants. (...)

Extrait Livre I : Les Lumières d'Abak - Chapitre 8 : Un appel aux étoiles

Des questions...

Quels mystères cachaient Abak et ses premiers habitants les Véraces ? Que protège vraiment les onze Vœux amendant les peuples de La Conjonction d'Onis ? Et d'où vient ce mystérieux voile de lumière qui a détruit la prestigieuse planète ?
 

Strass et paillettes

CHAPITRE VII 

UN CLONE FÉERIQUE

La planète Loisirs 63 se situait à un cycle de Dorium. Elle avait été achetée par des promoteurs fortunés depuis l’incroyable engouement des anciens habitants d’Abak pour le divertissement. La planète comptait pas moins de dix nouvelles Féeries par cycle et ses acheteurs anonymes avaient fait entrer les créateurs de Nijiskane dans le milieu très fermé des habitants les plus riches de La Conjonction. Ses promoteurs achetèrent par la suite les droits d’exploitations exclusives des trois représentantes officielles de la star pour une durée de vingt cycles. Nijiskane était le premier holographe à posséder trois clones humanoïdes pour la représenter dans toutes ses sorties officielles.
La destinée de Nijiskane était fête.
Son clone Abakien travaillait dorénavant sur la Féerie la plus importante de Loisirs 63 qui était présentée dans un édifice pouvant contenir presque cent mille vacanciers. On venait principalement passer plusieurs myses sur cette planète de Loisirs pour voir ce clone, et son hologramme, la star la plus célèbre de La Conjonction. 
La Féerie annonçant la nouvelle saison allait bientôt démarrer. Les milliers de vacanciers avançaient fébriles dans les spacieuses galeries, gravissant les immenses marches pour accéder aux gradins qui entouraient la scène centrale dont la circonférence mesurait plus de cent cinquante points. L’orchestre remplissait l’ellipse de ses notes tonitruantes, invitant l’audience à s’installer gaiement, tandis que le présentateur faisait déjà son entrée sur la scène sous les acclamations déchaînées d’un public déjà acquis. 
Pavic Mader-Am faisait office de porte-parole dans cette Féerie somptueuse, vouée à la voix cristalline de Nijiskane et à son corps sculptural. Sa plaisanterie douteuse sur la destruction d’Abak n’ayant pas été appréciée sur Dorium, on avait bien vite congédié le présentateur vedette d’Informashow sous le faux prétexte qu’il avait été mêlé à une affaire d’escroquerie sur des titres de transport. L’affaire avait fait grand bruit, estompant celle d’Ombe De Gonos et de Lian, au grand soulagement de ces derniers. 
Les galeries se vidèrent peu à peu. Les spectateurs furent bientôt tous installés, impatients et ravis d’être les premiers à découvrir la nouvelle Féerie de leurs deux stars préférées réunies dans un spectacle que l’on disait déjà phénoménal. Les derniers programmes présentés à l’entrée du monument s’étaient vendus à des prix jamais atteints auparavant sur La Conjonction. 
La saison commençait très fort. 

Extrait Livre II : Destruction et Renouveau - Chapitre 7 : Un clone féérique

Joyaux et poussière

 (...) Nijiskane rampait dans les décombres, avalant la fine poussière des parois dévastées, soulevant des morceaux de fresques où de curieux visages la fixaient. Elle crut un instant reconnaître le regard triste de l’Étranger aux cheveux blancs gravé sur l’une des ornementations. En déplaçant des débris de mosaïques, elle toucha une main qui la saisit. Elle poussa un petit cri de surprise, espérant que cette main glacée ne soit pas celle de l'une de ces créatures hideuses et gémissantes qui erraient dans les couloirs. De toutes ses forces elle tira en reculant pour faire émerger le corps d’un amas de pierres mêlées à des débris d’or et de pierres précieuses. Lian était inerte. Elle se servit de son turban qui s’était recouvert de paillettes multicolores, et nettoya avec douceur le visage couvert de sang. Rassemblant ses dernières forces et rampant en arrière dans le passage qu’elle avait déjà emprunté, écartant les gravats de ses pieds nus, elle réussit à le sortir des décombres en le tenant toujours dans ses bras.  Elle vit l’Étranger aux cheveux blancs qui se tenait non loin de là, immobile sous la neige qui s’engouffrait par les plafonds fissurés. Il observait Nijiskane avec l’enfant dans les bras. Elle le vit s’avancer vers eux, enjambant les gravats et les morceaux de colonnes effondrées, ignorant les débris de toute sorte qui s’abattaient autour de lui. Elle tomba à genoux sans lâcher Lian et, pétrifiée, le regarda s’approcher en silence quand il s'assit à ses côtés. Il posa ses mains sur les siennes en souriant, et une douce chaleur se diffusa tout le long de son bras cassé. Il lui indiqua d’un geste le couloir devant eux, puis l’aida à se relever; L’enfant toujours dans ses bras, elle avança chancelante tandis que les débris cessaient de tomber et que les gravats au sol se transformaient en poussière sous ses pieds nus. Elle progressait vers l’entrée du dôme avec l’Étranger derrière elle et les derniers morts de Pan-Aium qui les suivaient, hagards. Plus aucun obstacle ne vint entraver son chemin.   

Extrait Livre III : Les Vaisseaux-Monde - Chapitre 7 : Le départ

Premiers pas sur Abak...

Par le biais de ce blog, je souhaite faire découvrir aux lecteurs en quête de nouvelles aventures, et avant tout aux éditeurs (restons logique) à la recherche de nouveaux auteurs fantastiques, dans tous les sens du terme, des extraits de mon manuscrit : Onis, les Lumières d'Abak
Dans ce roman de science-fiction, les personnages, complexes et attachants, évoluent dans un monde érudit qui s'est égaré dans d'inlassables conquêtes. Ce monde formaté sombrera dans le chaos après la destruction mystérieuse de la très convoitée planète Abak. 
J'ai pris beaucoup de plaisir à créer cette épopée fantastique composée en trois parties, contenant 74000 mots et 450504 caractères. Les protagonistes, héros malgré eux, traîtres perfides ou créatures pathétiques et courageuses doivent se reconstruire pour comprendre un destin qui ne leur était pas dévolu.

Je ne souhaite pas dévoiler le synopsis complet sur ce blog.


Bonne lecture à vous !

Attention spoiler !

Centurilien :

Soldat qui a prêté allégeance à l'ordre Centurile. En général, les très jeunes centuriliens sont des Candides* âgés de dix cycles, et nés (ou adoptés) de soldats gradés, comme ce fut le cas pour Amon Bumer dont le père a été décoré de la médaille d’honneur de la Centurile lors de son départ à la retraite. Les centuriliens se distinguent par le tatouage qu'ils portent sur le torse représentant un V inversé au-dessus d'une tête de mort ou d'un animal. Ils portent une chaine avec une plaque dorée qu'ils gardent toujours autour du cou, où leur nom et grade y sont gravés. Leur imposante stature, leur crâne rasé et la couleur sombre de leur peau, mais aussi leur vœu de chasteté, les démarquent également des autres habitants de La Conjonction. Quand des centuriliens brisent leur serment à l'ordre Centurile, ils deviennent le plus souvent des mercenaires en contrat avec de riches particuliers. Durant sa nuit passionnée avec Nijiskane, Amon Bumer rompit définitivement le pacte qui le retenait encore à son ancienne vie de soldat dévoué à La Conjonction d'Onis.