Strass et paillettes

CHAPITRE VII 

UN CLONE FÉERIQUE

La planète Loisirs 63 se situait à un cycle de Dorium. Elle avait été achetée par des promoteurs fortunés depuis l’incroyable engouement des anciens habitants d’Abak pour le divertissement. La planète comptait pas moins de dix nouvelles Féeries par cycle et ses acheteurs anonymes avaient fait entrer les créateurs de Nijiskane dans le milieu très fermé des habitants les plus riches de La Conjonction. Ses promoteurs achetèrent par la suite les droits d’exploitations exclusives des trois représentantes officielles de la star pour une durée de vingt cycles. Nijiskane était le premier holographe à posséder trois clones humanoïdes pour la représenter dans toutes ses sorties officielles.
La destinée de Nijiskane était fête.
Son clone Abakien travaillait dorénavant sur la Féerie la plus importante de Loisirs 63 qui était présentée dans un édifice pouvant contenir presque cent mille vacanciers. On venait principalement passer plusieurs myses sur cette planète de Loisirs pour voir ce clone, et son hologramme, la star la plus célèbre de La Conjonction. 
La Féerie annonçant la nouvelle saison allait bientôt démarrer. Les milliers de vacanciers avançaient fébriles dans les spacieuses galeries, gravissant les immenses marches pour accéder aux gradins qui entouraient la scène centrale dont la circonférence mesurait plus de cent cinquante points. L’orchestre remplissait l’ellipse de ses notes tonitruantes, invitant l’audience à s’installer gaiement, tandis que le présentateur faisait déjà son entrée sur la scène sous les acclamations déchaînées d’un public déjà acquis. 
Pavic Mader-Am faisait office de porte-parole dans cette Féerie somptueuse, vouée à la voix cristalline de Nijiskane et à son corps sculptural. Sa plaisanterie douteuse sur la destruction d’Abak n’ayant pas été appréciée sur Dorium, on avait bien vite congédié le présentateur vedette d’Informashow sous le faux prétexte qu’il avait été mêlé à une affaire d’escroquerie sur des titres de transport. L’affaire avait fait grand bruit, estompant celle d’Ombe De Gonos et de Lian, au grand soulagement de ces derniers. 
Les galeries se vidèrent peu à peu. Les spectateurs furent bientôt tous installés, impatients et ravis d’être les premiers à découvrir la nouvelle Féerie de leurs deux stars préférées réunies dans un spectacle que l’on disait déjà phénoménal. Les derniers programmes présentés à l’entrée du monument s’étaient vendus à des prix jamais atteints auparavant sur La Conjonction. 
La saison commençait très fort. 

Extrait Livre II : Destruction et Renouveau - Chapitre 7 : Un clone féérique

Joyaux et poussière

 (...) Nijiskane rampait dans les décombres, avalant la fine poussière des parois dévastées, soulevant des morceaux de fresques où de curieux visages la fixaient. Elle crut un instant reconnaître le regard triste de l’Étranger aux cheveux blancs gravé sur l’une des ornementations. En déplaçant des débris de mosaïques, elle toucha une main qui la saisit. Elle poussa un petit cri de surprise, espérant que cette main glacée ne soit pas celle de l'une de ces créatures hideuses et gémissantes qui erraient dans les couloirs. De toutes ses forces elle tira en reculant pour faire émerger le corps d’un amas de pierres mêlées à des débris d’or et de pierres précieuses. Lian était inerte. Elle se servit de son turban qui s’était recouvert de paillettes multicolores, et nettoya avec douceur le visage couvert de sang. Rassemblant ses dernières forces et rampant en arrière dans le passage qu’elle avait déjà emprunté, écartant les gravats de ses pieds nus, elle réussit à le sortir des décombres en le tenant toujours dans ses bras.  Elle vit l’Étranger aux cheveux blancs qui se tenait non loin de là, immobile sous la neige qui s’engouffrait par les plafonds fissurés. Il observait Nijiskane avec l’enfant dans les bras. Elle le vit s’avancer vers eux, enjambant les gravats et les morceaux de colonnes effondrées, ignorant les débris de toute sorte qui s’abattaient autour de lui. Elle tomba à genoux sans lâcher Lian et, pétrifiée, le regarda s’approcher en silence quand il s'assit à ses côtés. Il posa ses mains sur les siennes en souriant, et une douce chaleur se diffusa tout le long de son bras cassé. Il lui indiqua d’un geste le couloir devant eux, puis l’aida à se relever; L’enfant toujours dans ses bras, elle avança chancelante tandis que les débris cessaient de tomber et que les gravats au sol se transformaient en poussière sous ses pieds nus. Elle progressait vers l’entrée du dôme avec l’Étranger derrière elle et les derniers morts de Pan-Aium qui les suivaient, hagards. Plus aucun obstacle ne vint entraver son chemin.   

Extrait Livre III : Les Vaisseaux-Monde - Chapitre 7 : Le départ

Premiers pas sur Abak...

Par le biais de ce blog, je souhaite faire découvrir aux lecteurs en quête de nouvelles aventures, et avant tout aux éditeurs (restons logique) à la recherche de nouveaux auteurs fantastiques, dans tous les sens du terme, des extraits de mon manuscrit : Onis, les Lumières d'Abak
Dans ce roman de science-fiction, les personnages, complexes et attachants, évoluent dans un monde érudit qui s'est égaré dans d'inlassables conquêtes. Ce monde formaté sombrera dans le chaos après la destruction mystérieuse de la très convoitée planète Abak. 
J'ai pris beaucoup de plaisir à créer cette épopée fantastique composée en trois parties, contenant 74000 mots et 450504 caractères. Les protagonistes, héros malgré eux, traîtres perfides ou créatures pathétiques et courageuses doivent se reconstruire pour comprendre un destin qui ne leur était pas dévolu.

Je ne souhaite pas dévoiler le synopsis complet sur ce blog.


Bonne lecture à vous !

Attention spoiler !

Centurilien :

Soldat qui a prêté allégeance à l'ordre Centurile. En général, les très jeunes centuriliens sont des Candides* âgés de dix cycles, et nés (ou adoptés) de soldats gradés, comme ce fut le cas pour Amon Bumer dont le père a été décoré de la médaille d’honneur de la Centurile lors de son départ à la retraite. Les centuriliens se distinguent par le tatouage qu'ils portent sur le torse représentant un V inversé au-dessus d'une tête de mort ou d'un animal. Ils portent une chaine avec une plaque dorée qu'ils gardent toujours autour du cou, où leur nom et grade y sont gravés. Leur imposante stature, leur crâne rasé et la couleur sombre de leur peau, mais aussi leur vœu de chasteté, les démarquent également des autres habitants de La Conjonction. Quand des centuriliens brisent leur serment à l'ordre Centurile, ils deviennent le plus souvent des mercenaires en contrat avec de riches particuliers. Durant sa nuit passionnée avec Nijiskane, Amon Bumer rompit définitivement le pacte qui le retenait encore à son ancienne vie de soldat dévoué à La Conjonction d'Onis.


Un serment embarrassant...

(...) Il reconnut la mère de Lian, se rendant compte à ce moment précis qu’il ne lui avait jamais demandé son nom. Il se força à lui parler malgré l’épuisement : 
« Comment vous appelez-vous ? Il continua en prenant le bol, je ne vous connais pas, pourtant votre fils est si familier avec moi. » 
L’Abakienne se figea. 
« Pardonnez mon fils, dit-elle d’une voix tendue. Mais rassurez-vous, ce n’est pas moi qui le pousse à vous idolâtrer à ce point, vous n’êtes qu’un centurilien, après tout. » 
Elle déposa le bol dans les mains d’Amon qui se brûla avec les éclaboussures. Il prit le temps de placer le petit récipient sur le sol de mousse, et lui saisit ses douces mains froides.
« Je ne voulais pas vous vexer, dit-il embarrassé. Après quelques secondes d’hésitation, il ajouta, je suis brutal, pardonnez-moi. J'ai intégré l'ordre Centurile à mon dixième cycle, et accepté par cet acte de foi le serment d'ascétisme. » 
Il lâcha les mains glacées de l’Abakienne qui manqua tomber en arrière tant elle s’était raidie. Tous les deux, confus, se mirent à regarder le bol renversé. Les yeux d'Amon s'attardèrent ensuite sur le pan de la robe bleue d'Ombe qui était en partie déchirée, puis remarqua seulement à ce moment-là qu'elle était pieds nus.
« J’apprécie beaucoup Lian, et j’aurais aimé avoir le temps de mieux vous connaître tous les deux, déclara Amon la voix tremblante, quel est votre nom ? 
– Ombe De Gonos », annonça-t-elle d'un air triste en s’éloignant rapidement, une main agrippée sur la nuque de Lian qui protestait. Amon les regarda se diriger vers le feu, autant surpris par ce nom que par son désir inhabituel de vouloir lier connaissance. Troublé, il entreprit de défaire son attelle comme pour se donner une contenance. Quelques instants après, il entendit un léger craquement. (...)

Extrait Livre I : Abak - Chapitre 6 : Un cantique dans la verdure.

Un décret

Durant la Première Convention d'Onis au cours du cycle 267, un Vœu sur le clonage reproductif et la coopération en matière d'adoption interplanétaire a été voté par les Justes. Puis le décret n°40-117 portant publication de la Première Convention relative aux droits et devoirs des adoptants fut signé à Pan-Aium au cours de ce même cycle. Le voici :  

Toute pratique d'affinage de l'espèce onisienne ayant pour but l'organisation de la sélection des spécimens est autorisée. Est autorisée toute intervention tendant à faire naître un enfant génétiquement identique à un autre individu vivant. Sans préjudice des recherches prétendant à la prévention et au traitement des maladies, toute transformation peut être apportée aux caractères génétiques dans le but de modifier la descendance du spécimen. L'adoption clonée peut être demandée par des adultes de sexe différent ou du même sexe non séparés de corps, et âgés les uns et les autres de plus de vingt cycles.

A l'origine...

A l'origine du roman Onis, Les Lumières d'Abak, il y avait une nouvelle, puis une modeste bande-dessinée conçue quand j'étais adolescente : Josua Rigelli, la Fourmilière, dont voici deux planches...